Les appareils Fujifilm X sont-il adaptés à l'astrophotographie ?
[Dernière mise à jour en mars 2023]

Même si les appareils Fujifilm sont assez polyvalents, ils n’ont pas la réputation d’être les plus performants en astrophotographie, notamment en raison de leur capteur APS-C. À moins d’être spécialisé dans la photographie de nuit, vous n’avez probablement pas envie d’investir dans un système uniquement pour ses performances nocturnes. Et si vous utilisez déjà Fujifilm, vous ne souhaitez sans doute pas non plus investir dans un autre système simplement pour photographier occasionnellement la Voie lactée.
Dans cet article, je vais donc tester si les appareils Fujifilm X sont réellement adaptés à la photographie de nuit.
Je vous invite également à regarder mes autres articles sur la comparaison de la qualité d'image entre le Fujifilm X-T3 et X-T4 et le X-T5, ainsi que mon article sur la photographie d'aurores avec Fujifilm.
1- Le Matériel
Le matériel nécessaire pour la photographie de nuit est assez simple et, si vous pratiquez déjà la photographie de paysage, vous possédez probablement l’essentiel. Voici ce dont vous avez besoin pour commencer :
Un reflex ou hybride avec un mode manuel permettant les poses longues
Un trépied stable
Un objectif lumineux avec une ouverture maximale de f/2,8
Concernant le matériel spécifique à Fujifilm, quelques conseils peuvent être utiles pour bien choisir votre équipement.
2- Appareils photo Fujifilm
Il existe essentiellement deux gammes d’appareils Fujifilm X qui semblent les plus adaptées à l’astrophotographie :
La série X-T :
X-T3 : j’utilise personnellement un Fujifilm X-T3 dont je suis très satisfait. Il répond parfaitement à mes besoins et me permet d’obtenir de très bons résultats.
X-T4 : il devrait offrir des performances très similaires puisqu’il utilise le même capteur.
X-T2 : il devrait également être assez performant. Avec 24 Mpx pour une taille de capteur identique, il pourrait même produire un peu moins de bruit, même si cela demanderait à être testé.
X-T5 : je serais plus prudent avec le récent X-T5. Il embarque 40 Mpx sur un capteur APS-C, ce qui risque de générer davantage de bruit en photographie de nuit. Il sera évidemment capable de produire de bonnes images, mais le résultat pourrait être plus granuleux et moins convaincant que sur les générations précédentes. Sa définition élevée peut également entraîner davantage de chauffe du capteur et donc une moins bonne gestion du bruit en basse lumière.
La série X-H :
X-H1 : ce serait un très bon choix. Il utilise le même capteur que le X-T2 et devrait donc offrir une qualité similaire.
X-H2S : plus récent, le X-H2S devrait offrir de très bonnes performances. Son capteur de 26 Mpx, proche en définition de celui des X-T3 et X-T4, est d’une nouvelle génération censée mieux gérer les hautes sensibilités et les conditions de faible luminosité. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le tester, mais peut-être bientôt.
X-H2 : il utilise un capteur APS-C de 40 Mpx similaire à celui du X-T5. Je serais donc tout aussi prudent quant aux résultats à attendre. Sa définition plus élevée pourrait entraîner davantage de chauffe et une gestion du bruit moins efficace en basse lumière que sur les autres modèles X-T.
Globalement, je privilégierais aujourd’hui un X-T2, X-T3, X-T4 ou un X-H2S. Les autres modèles restent tout à fait capables, mais leurs résultats pourraient être moins convaincants.
3- Les Objectifs
De manière générale, si vous souhaitez photographier de larges paysages sous les aurores boréales, avec un premier plan intéressant et suffisamment de ciel, plus la focale est courte, mieux c’est. Avec un capteur APS-C comme celui des Fujifilm, privilégiez une focale de 18 mm ou moins. Une grande ouverture de f/2,8 ou plus lumineuse est également fortement recommandée afin de capter un maximum de lumière tout en conservant une vitesse d’obturation adaptée.
Les objectifs ci-dessous, même si je ne les ai pas tous testés, devraient offrir d’excellents résultats :
Fuji XF 8-16 mm f/2,8
Fuji XF 14 mm f/2,8
Fuji XF 16 mm f/1,4
Fuji XF 18 mm f/2
Fuji XF 18-55 mm f/2,8
Samyang 12 mm f/2 monture Fuji X
Viltrox 13 mm f/1,4 monture Fuji X
Laowa 9 mm f/2,8 monture Fuji X
Zeiss Touit 12 mm f/2,8 monture Fuji X
Personnellement, j’utilise uniquement le Samyang 12 mm f/2, que je connais très bien et dont je suis globalement très satisfait. Je l’ai utilisé pour photographier le ciel nocturne dans de nombreuses régions du monde et il ne m’a jamais vraiment déçu. Je ne peux donc que le recommander.
Aujourd’hui, j’aimerais simplement disposer d’une focale encore plus large, autour de 10 mm ou moins, tout en conservant une ouverture à f/2. Le Viltrox 13 mm f/1,4 semble également être une excellente alternative et bénéficie d’une très bonne réputation.
4- Les Paramètres
Voici les principaux paramètres à prendre en compte lorsque vous photographiez de nuit avec votre appareil Fujifilm :
Format RAW : le format idéal pour conserver un maximum de possibilités en post-traitement.
Vitesse d’obturation : entre 8 et 10 secondes. Une pose plus longue risque de créer des traînées d’étoiles, ce que l’on cherche généralement à éviter.
Ouverture : la plus grande possible afin de laisser entrer un maximum de lumière.
ISO : entre 3 200 et 6 400 selon la luminosité de la scène. En général, 6 400 ISO permet de conserver un temps de pose de 8 à 10 secondes tout en captant suffisamment de lumière.
Mise au point manuelle : pour garantir une mise au point précise.
Retardateur : 2 secondes, ou utilisez une télécommande afin d’éviter les vibrations.
Intervallomètre : particulièrement utile lorsque vous souhaitez réaliser plusieurs images pour du stacking.
5- Conditions du test
Le principal inconvénient des appareils Fujifilm en photographie de nuit reste le niveau de bruit relativement élevé généré par leur capteur APS-C. À haute sensibilité, le bruit devient de plus en plus présent et je recommande de ne pas dépasser 6 400 ISO avec Fujifilm. À ce niveau, il reste encore relativement facile à gérer. La différence peut être importante face à des marques comme Sony ou Nikon, généralement réputées pour leur excellente gestion du bruit. Mais l’objectif ici est justement de voir si Fujifilm peut rivaliser avec ces systèmes pour un photographe amateur d’astrophotographie.
Le bruit étant le principal problème rencontré, je recommande de réaliser une série d’au moins 15 images afin de pouvoir les assembler avec un logiciel de stacking. Cette technique permet de réduire considérablement le bruit avant de passer au post-traitement.
C’est d’ailleurs une méthode couramment utilisée en astrophotographie pour obtenir des images de meilleure qualité.
Passons maintenant au cœur du sujet !
Dans les exemples ci-dessous, je vais comparer deux types d’images :
un fichier RAW seul, avant et après traitement ;
une série de 20 fichiers RAW assemblés, puis traités.
Gardez également à l’esprit que le logiciel utilisé peut influencer la qualité finale de l’image. Personnellement, j’utilise Capture One et je suis très satisfait des résultats obtenus. D’autres logiciels comme Lightroom peuvent perdre davantage de détails avec les fichiers .RAF et offrir des résultats légèrement moins convaincants.
6- Test 1: Fichiers raw avant et après traitement
Cet exemple est basé sur une photographie d’un arbre à carquois en Namibie, sous l’un des ciels les plus purs et lumineux au monde.
La photographie a été réalisée avec le matériel et les paramètres suivants :
Appareil : Fujifilm X-T3
Objectif : Samyang 12 mm f/2
Temps de pose : 8 secondes
Ouverture : f/2
ISO : 6 400
Logiciel de traitement : Capture One
Je trouve sincèrement que ces images sont tout à fait exploitables telles quelles et qu’il n’est pas nécessaire d’aller beaucoup plus loin dans le traitement, notamment pour une utilisation sur les réseaux sociaux.
Raw X-T3 8s - ISO 6400 - f2.0 Version éditée
Sans surprise, le bruit devient plus visible sur l’image recadrée ci-dessous. Il peut sembler étonnant qu’il soit davantage présent sur l’image traitée, mais le post-traitement inclut une augmentation de l’exposition et de la netteté, ce qui a tendance à accentuer le bruit.
Malgré cela, je trouve que le niveau de bruit reste tout à fait acceptable. Et de toute façon, personne ne regardera réellement votre image avec un tel niveau de zoom.
220% zoom sur le ciel
Si ce résultat est tout à fait acceptable pour les réseaux sociaux, il peut montrer ses limites si vous souhaitez réaliser un tirage, publier une image en haute qualité sur votre site ou participer à un concours photo.
Dans ce cas, le stacking est une excellente solution pour réduire le bruit et améliorer la qualité de l’image.
7- Test 2: empilé vs raw
Comme il s’agit de la même photographie que dans le premier exemple, les paramètres de prise de vue sont identiques. Le traitement fait en revanche appel à plusieurs logiciels :
Appareil : Fujifilm X-T3
Objectif : Samyang 12 mm f/2
Temps de pose : 8 secondes
Ouverture : f/2
ISO : 6 400
Logiciels de traitement : Capture One, Starry Landscape Stacker et Photoshop
Dans la comparaison ci-dessous, la première image correspond au fichier RAW non traité, la deuxième à l’image obtenue après stacking, également sans traitement, et la dernière à la photographie entièrement finalisée.
L’image assemblée est composée de 20 photographies combinées dans Starry Landscape Stacker afin de réduire au maximum le bruit. Cette technique permet non seulement de mieux gérer le bruit, mais aussi d’améliorer le niveau de détail et la dynamique de l’image. Sur la photographie finale, on distingue ainsi beaucoup plus de détails que sur le fichier RAW original.
Fichier raw Fichier empilé et non édité Fichier édité
L’image agrandie ci-dessous permet de mieux voir la différence entre le fichier RAW et la photographie entièrement traitée.
Le résultat peut être assez surprenant : le fichier RAW présente beaucoup de bruit, tandis que l’image assemblée non traitée en montre très peu, avec davantage de détails. L’image finale fait de nouveau apparaître un peu de bruit, mais à un niveau tout à fait acceptable pour un tirage ou un JPEG haute qualité.
Si le fichier RAW seul avait subi le même traitement que l’image finale, le niveau de bruit et la perte de détails auraient été nettement plus importants.
Raw - zoom sur le ciel Empilé - zoom sur le ciel et non édité zoom sur le ciel et édité Fichier raw - zoom sur l'arbre Zoom sur l'arbre - empilé fichier raw Zoom sur l'arbre - empilé et édité
Conclusion
Le test ci-dessus montre que le système Fujifilm X est parfaitement capable de produire d’excellentes photographies de nuit. Il reste difficile de savoir comment il se positionne réellement face aux autres marques sans comparaison directe, mais pour les photographes qui ne sont pas spécialisés en astrophotographie, qu’ils soient amateurs exigeants ou professionnels, les résultats sont clairement à la hauteur.
Personnellement, je n’hésiterais pas à présenter certaines de mes photographies de nuit à des concours d’astrophotographie ou à les utiliser pour des tirages.
Les astrophotographes spécialisés pourront néanmoins préférer un appareil plein format, voire moyen format. Les performances ISO du moyen format peuvent toutefois être discutables, mais peuvent être compensées par le stacking et une dynamique élevée.
En résumé, ne vous laissez pas tromper par le capteur APS-C de Fujifilm en pensant qu’il vous limitera en photographie de paysage. Le système X a prouvé à de nombreuses reprises qu’il était parfaitement capable de répondre à ces besoins, et la photographie de nuit ne fait pas exception.
Exemple de photographie de nuit capturé avec le Fuji X-T3 et le Samyang 12mm f2.0
Mikyway panorama in Namibia Milkyway panorama quiver tree Milkyway in Portugal Milkyway at Spitzkoppe Namibia
About the Author

I am Rémi Bergougnoux, a French travel and landscape photographer currently based in Zurich, Switzerland. My most influential destinations include Latin America, where I spent about a year, Namibia, Iceland, Lofoten and certainly many others.
Aside from photography, hiking, cooking, enjoying good wines and socializing are my main hobbies.




Commentaires